L’administration Trump rappelle le 19ème siècle par plusieurs aspects : son isolationnisme, son affairisme, son imprévisibilité et son peu de respect pour les accords/usages internationaux. Cela m’a suggéré de reprendre au sens littéral un vieux proverbe boursier qui date du 19ème, attribué parfois au Baron Rothschild durant les guerres napoléoniennes : « il faut acheter au son du canon et vendre au son du clairon ». Ce proverbe est de nos jours utilisé d’une manière plus générale, pour dire qu’en bourse, il faut aller contre le consensus.
Mais avec la guerre en Iran, la question se pose de manière immédiate et directe : faut il acheter au son du canon, et si oui, à quel moment ? Pour répondre, j’examine les 3 options de l’administration Trump face à la guerre et je mets à jour les 4 scénarios pour les marchés financiers du dernier article publié dans Broviews.fr (on s’y référera si l’on veut plus de détails sur ces 4 possibilités).
Trois options pour la guerre en Iran
Face à la guerre, l’administration Trump a, selon moi, 3 options qui ont des implications très différentes dans ces 4 scénario. Et à ce jour (lundi 6 avril), il est impossible de prévoir quelle option dominera.
a) finir la guerre avec un accord convaincant avec l’Iran, accord qui permette à chacun de sauver la face. Cela diminuerait immédiatement les tensions sur les marchés. Le juge de paix «Prix du pétrole» baisserait immédiatement. Mais pour cela, il faudrait que le régime iranien ait la volonté de négocier, ce qui n’est pas évident du tout à ce jour.
b) Les États Unis se retirent, sans accord, car la guerre est impopulaire, les marchés financiers sont chahutés et les élections de mi mandat approchent. Le Président Trump rejette la faute de cette guerre inachevée sur les alliés européens, ou sur la Chine, peu importe sur qui ou sur quoi, mais il trouvera une explication pour ne pas apparaître comme un perdant. Il faudra surveiller les prix du pétrole, ce n’est pas sûr qu’ils baissent, cela dépendra aussi de la reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz.
c) Les États Unis s’enlisent en Iran, avec une intervention de soldats au sol. Dans ce cas, les tensions perdurent, les prix du pétrole continuent de monter et les destructions de l’appareil de production d’hydrocarbures s’amplifient. Jusqu’à maintenant, ces destructions n’ont pas été très importantes. C’est la pire option pour les marchés financiers.
Scénario dominant
Dans le scénario de consensus qui domine les marchés depuis le début, la guerre dure 4 à 6 semaines, les prix du pétrole ne restent élevés que pendant quelques mois (comme l’anticipe la courbe des futures inversée), l’impact sur l’économie mondiale n’est pas fort car les tensions sont provisoires. Les bourses baissent au total de 10 à 15% (encore 5 à 10%) puis rebondissent.
Aujourd’hui, la guerre semble un peu plus longue qu’anticipé, mais le reste se déroule à peu près comme prévu dans ce scénario. Les futures du pétrole continuent d’anticiper une baisse rapidement. Les mouvements de marchés n’ont pas été très violents ; la bourse mondiale n’a baissé que de 8% au plus bas.
Seule l’option c présentée ci dessus, une guerre plus longue avec enlisement américain, remettrait en cause ce scénario dominant sur les marchés. Avec l’actualité chargée des prochains jours/semaines, il faudra surveiller les prix du pétrole et la courbe des futures qui anticipe une baisse des prix dans quelques mois, c’est à dire une normalisation du marché pétrolier. Dans ce scénario, il faudrait acheter les bourses au son du canon durant les 2 ou 3 prochaines semaines.
Scénario optimiste : le TACO s’est transformé en WACO !
Le scénario optimiste est une fin de guerre surprenante car plus rapide que prévue: le marché y a cru la semaine dernière, lorsque le président Trump a annoncé une fin de guerre proche grâce à des négociations soi-disantes en cours. Cela ressemblait à un TACO ; Trump Always Chickens Out, Trump se dégonfle toujours. Il a dit le contraire deux jours plus tard. Les marchés réagissent de moins en moins aux annonces du Président Trump, aussi bien les bourses que les prix du pétrole. L’impact du TACO est moins fort qu’avant.
Un nouvel acronyme américain est apparu dans la foulée : WACO , Will Ayatollahs Chicken Out. Les Ayatollahs vont ils se dégonfler ? Car, il semblerait que les Iraniens aient la main pour commencer, ou non, de réelles négociations. La survie du régime est en cause, ils ont un levier important avec les prix du pétrole et la fermeture du détroit d’Ormuz. Dans le cas d’un accord, confirmé par les Iraniens, les marchés réagiraient fortement et positivement.
Scénario pessimiste 1 : la stagflation
Ce scénario est lié à l’enlisement militaire américain, possible mais pas certain du tout aujourd’hui. Chaque semaine qui passe a des conséquences négatives sur tous les pays importateurs de pétrole/gaz, ou de produits liés aux hydrocarbures (fertilisants ou intermédiaires chimiques par exemple). L’Europe et une grande partie de l’Asie feront face à une inflation supplémentaire et à un ralentissement d’activité. Ces signes de stagflation apparaissent déjà dans les données d’inflation et dans les indicateurs avancés d’activité.
Ce qui est aussi à craindre est ce que les économistes appellent les effets de second rang : les étapes suivantes d’inflation, c’est à dire, les répercussions de la hausse des prix de l’énergie sur les activités économiques fortement consommatrices. Face à la hausse des prix des entrants, les agents économiques demandent des hausses de leur prix de vente, ou de leurs salaires. Bref, une hausse des prix de l’énergie déclenche d’autres hausses de prix et à leurs suites un ralentissement économique.
Dans un tel environnement, comme après les chocs pétroliers des années 70 et 80, les banques centrales doivent resserrer leurs politiques monétaires.
Tout cela ne serait pas bon du tout pour les actifs risqués !
Scénario pessimiste 2 ; crise financière
Dans ce scénario, la guerre en Iran et la hausse des prix de l’énergie servent de détonateur ou d’amplificateur à des problèmes structurels pré-existants (crédit privé, bulle de l’Intelligence Artificielle, question de la valorisation des actifs risqués en cas de récession) qui prennent le relais pour faire baisser les prix des actifs et créent une crise financière globale.
Il n’y a pas eu beaucoup de nouvelles sur ce scénario puisque les mouvements de marché n’ont pas été très violents. Le secteur de l’IA au sens large a sous-performé, baissé plus que le marché. Cela cache des performances très diverses : par exemple, l’action Oracle a baissé de moitié depuis son point haut du mois de septembre, et son CDS a fait de nouveaux plus hauts, signe que ses appels réguliers au marché obligataire corporate ne se passent pas bien(Oracle s’endette beaucoup).
Les questions de liquidité dans le segment du crédit privé ont pris de l’ampleur ; aux États Unis notamment, des investisseurs cherchent à sortir de fonds peu ou pas liquides, et les gérants de ces fonds ont mis des « gates », ont limité les sorties possibles. C’est un signe indéniable de tension.
A suivre en cas de récession mondiale.
Que conclure boursièrement ?
Les trois options sur l’avenir de la guerre en Iran dépendent de décisions politiques du Président Trump, impossibles à prédire ! Les probabilités données à chacun des 4 scénarios sont subjectives, chacun peut faire ses propres prédictions.
J’ai l’intention quant à moi à commencer à acheter au son du canon dans une ou deux semaines, selon l’actualité, en plusieurs étapes comme à chaque fois. Les scénarios 1 et 2 (scénario de base et scénario optimiste) me semblent plus probables que les 2 scénarios négatifs, A CE JOUR ! Je renforcerai mes positions sur les marchés européens et asiatiques qui ont plus soufferts que le marché américain. Par ailleurs, la baisse du dollar pourrait bien reprendre après la guerre en Iran, les dégâts en termes de crédibilité de l’administration Trump pourraient ne pas s’effacer rapidement.