Introductions en bourse ; l’histoire se répète, attention aux mirages !

5 juin 2026

Le sujet des introductions en bourse est devenu majeur depuis que SpaceX a annoncé son intention de réaliser en juin la plus grande IPO (Initial Public Offering, c’est à dire introduction en bourse) de l’histoire pour $86 Mrds ; cela ne représente que 5% de la valorisation boursière de $1,8Trillion de l’entreprise. Deux autres grandes entreprises privées du segment Intelligence Artificielle ( Anthropic et Open AI) se sont lancées dans cette course au capital, également avec des valorisations dépassant le trillion de $. Au total, les 3 IPO représenteraient plus de 200Mrds$. La machine de commercialisation est partie à grande vitesse à Wall Street, le sujet est bouillant, l’émulation à son maximum.

Cette ambiance euphorique rappelle les années 2000 et la bulle des TMT (technologie média telécom) durant laquelle l’émergence de l’internet et du téléphone mobile avait mobilisé des sommes colossales via de très nombreuses IPO réalisées à des niveaux de valorisation exagérée. On connaît moult exemples de ce type. Les Français n’ont qu’à se rappeler le cours de France Télécom à plus de 200€ grâce à l’annonce de l’introduction en bourse de sa filiale internet Wanadoo !



Une IPO chinoise en mars 2000

Personnellement, j’ai été marqué par un exemple asiatique : il s’agit de l’IPO d’une société chinoise d’internet TOM.Com à Hong Kong en février 2000. Cette société est depuis complètement tombée dans l’oubli. Mais à ce moment, c’était LE sujet chaud à Hong Kong et dans le monde de la technologie ; une IPO de 1,5Mrd $, ce qui était assez gros à l’époque. J’ai vu des milliers de Hongkongais encadrés par la police faire la queue au siège de HSBC pour obtenir le prospectus d’émission et avoir une chance d’être servis (l’opération fut très sur-souscrite).

Tom.Com était au confluent de plusieurs rêves : l’ouverture du marché chinois dans son ensemble, le début de l’internet dans ce pays, en langue chinoise, et une offre de services multiples, internet/Mobile/publicité. Elle était une filiale de TOM Group contrôlé par Li Ka Shing, riche homme d’affaires chinois très respecté qui n’avait jamais fait perdre d’argent à ses partenaires (c’était du moins sa réputation à l’époque).

TOM.Com perdait de l’argent au moment de l’introduction car le groupe réalisait d’importants investissements pour se développer. La valorisation paraissait secondaire (tant elle était élevée) ; ce qui importait était « l’investment case », la thèse d’investissement, l’espoir de développement à long terme.

Le jour de l’introduction en bourse le premier mars 2000, le titre a été multiplié par 3.35. Je n’ai pas retrouvé l’historique de cours, mais le pic n’a pas tardé. La baisse a commencé, jusqu’au retrait de la bourse en 2007 organisé par TOM Group qui possédait encore 66% du capital. Le retrait s’est fait à un cours inférieur au cours d’introduction. La bulle boursière avait éclaté, nombre d’investisseurs y ont laissé des plumes.


Attention aux mirages

Remplaçons TOM.Com par les 3 noms mentionnés au début du papier. L’IA est une révolution technologique majeure qui va avoir des impacts colossaux, aucun doute là dessus (l’internet en Chine est devenue une réalité). Jusqu’à maintenant, les investisseurs ( via des placements privés) dans nos 3 sociétés privés n’ont fait que gagner de l’argent, puisque les valorisations ne cessent d’augmenter. Les patrons de ces entreprises sont très respectés. Néanmoins, elles perdent toutes de l’argent car elles sont dans des phases d’investissement , d’autant plus que l’IA est très gourmande en capital.

Tout cela ressemble fort à notre exemple chinois ! N’est-on pas dans un schéma identique ? Le développement de l’internet en Chine ne ressemble-t- il pas à l’explosion actuelle de l’IA ? Ne risque-t-on pas les mêmes déconvenues après ces IPO probablement très populaires, au moins pour la première (SpaceX) ? La concurrence sur l’IA va probablement se développer, et la rentabilité inexistante aujourd’hui à cause des investissements risque de ne pas être au rendez vous !

Les valorisations boursières de nos 3 IPO liées à l’IA semblent du même type que ce qui s’était pratiqué en 2000, mais on a peu d’information à ce jour, excepté sur SpaceX. Sa valorisation au moment de l’IPO est « monumentale » : 1,8trillion de capitalisation boursière représente 92 fois le chiffre d’affaires annuels du groupe (source: Financial Times du 4 juin) !

Une différence importante entre aujourd’hui et la bulle TMT : en 2000, les marchés financiers absorbaient un grand nombre de petites et moyennes IPO. Aujourd’hui, on parle d’un petit nombre d’énormes IPO.

Ne risque-t-on pas de passer de la phase d’euphorie actuelle à l’oubli, au moins pour certaines sociétés de l’IA ? Attention aux mirages !

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